Ensemble, nous sommes forts

Une tribune de Petra Maurer de l’association « Non au démantèlement de l’AI »
Trois ans après la procédure de consultation, la révision 6b de l’AI a fini par être enterrée lors de la session d’été des Chambres fédérales. Durant cette période, les organisations de personnes handicapées ont obtenu d’importantes améliorations du projet : c’est un grand succès, que seules l’union et la bonne coordination de nos organisations ont rendu possible.
La consultation sur le deuxième volet de la 6e révision de l’AI (la révision 6b de l’AI) a permis de tirer à temps la sonnette d’alarme : le Conseil fédéral voulait économiser 800 millions de francs par année. Les rentes, les rentes pour enfants, les frais de voyage, les subsides de formation et d’autres domaines encore devaient être touchés. On entendait même durcir une fois de plus l’accès aux rentes AI. Une chose fut vite claire pour les organisations du milieu du handicap : un tel projet était inacceptable.

Sur les deux fronts
Déjà lors de la procédure de consultation, en été 2010, les organisations de personnes handicapées ont décidé d’unir leurs forces pour mener la campagne contre la révision 6b de l’AI et de constituer une association. Les dernières expériences faites parlaient en faveur de cette stratégie, notamment la campagne commune pour le financement additionnel de l’AI, couronnée de succès, et la défaite aux urnes lors de la 5e révision de l’AI. En septembre 2011, quelque 50 organisations de toute la Suisse ont adhéré à l’association « Non au démantèlement de l’AI ». L’objectif de cette dernière : obtenir des améliorations substantielles du projet durant la phase parlementaire et, simultanément, préparer un référendum qui semblait d’ores et déjà inévitable, étant donné les économies draconiennes prévues.

Succès et incertitude au Parlement
Le groupe d’experts 6b de la DOK (Conférence des organisations faîtières de l’aide privée aux handicapés), mandaté par l’association pour organiser un lobbying intensif, a remporté ses premières victoires en décembre 2012 : le Conseil national a atténué quelques-unes des mesures d’économie problématiques. Le Conseil des Etats a suivi en mars de cette année-là, en maintenant quelques divergences. Cependant, le Conseil national et le Conseil des Etats n’ont jamais pu se mettre d’accord sur certains points essentiels, notamment la question de savoir s’il fallait accorder la rente complète dès un degré d’invalidité de 70 %, comme jusqu’à présent, ou si cette limite devait être portée à 80 %. Concrètement, des personnes lourdement handicapées auraient, dans ce dernier cas, perdu jusqu’à un tiers de leur rente. Les organisations de personnes handicapées auraient lancé un référendum rien qu’à cause de ce relèvement. Sinon probablement pas.

L’association « Non au démantèlement de l’AI » s’est fortement investie ces derniers mois pour préparer le référendum, sans être certaine qu’il serait nécessaire. Elle s’est notamment attachée à mettre au point la campagne « Stop à une révision injuste de l’AI », à mobiliser les personnes concernées en collaboration avec les organisations membres et à établir, puis entretenir, des contacts avec des alliés potentiels ainsi qu’avec les médias. Les organisations de personnes handicapées auraient été prêtes, en très peu de temps, à distribuer plus de 100 000 feuilles de signatures et à commencer tout de suite à récolter les signatures. Mais la conférence de conciliation n’a pu proposer aucun compromis aux deux Chambres, d’où l’échec final de la révision AI.

Parler clairement et d’une seule voix
Aujourd’hui, les organisations de personnes handicapées peuvent être satisfaites des succès remportés durant ces années turbulentes, tant sur le plan du lobbying que lors des préparatifs du référendum. Après un départ pris à un rythme de croisière, de longues discussions ont ralenti le mouvement, puis, en fin de parcours, les séances des commissions et les débats aux Chambres ont eu lieu coup sur coup. Il fallait à chaque fois se préparer à toutes les éventualités et adapter nos messages au fur et à mesure.

Ensemble, nous y avons réussi !
Durant toutes les phases, les organisations du domaine du handicap ont été pour les personnes impliquées des partenaires disponibles, bien organisés et fiables. Nous avons défendu des revendications claires au nom de toutes les organisations et parlé d’une seule voix. Nous avons affirmé notre force et prouvé, grâce à nos préparatifs intenses, que nous étions capables de lancer un référendum. Nous nous sommes montrés des interlocuteurs (politiques) efficaces, et ce, également en vue des débats à venir. Il s’agit désormais de défendre cette position, tous ensemble !